Accidents à vélo : pas seulement une question de formation et de visibilité mais aussi d’infrastructure !
Accidents à vélo : pas seulement une question de formation et de visibilité mais aussi d’infrastructure !
11 septembre 2025 · Luc Goffinet
Les assureurs belges relèvent une hausse des accidents sur le chemin du travail pour ceux qui pratiquent la « mobilité douce ». Si cette hausse est essentiellement due aux trottinettes électriques – et pas au vélo classique – les causes de ces accidents ne relèvent pas non plus uniquement d’un manque de formation ou de visibilité des usagers, mais aussi d’une infrastructure cyclable déficiente (trous, bordures, potelets, pistes cyclables impraticables…) ou de comportements dangereux d’une partie des automobilistes (distances de dépassement). Si les conseils, l’attention et la formation des usagers restent nécessaires, les pouvoirs publics ont également une grande responsabilité dans la sécurité sur nos routes.
Assuralia (fédération des assureurs belges) relève que « sur les cinq dernières années, le nombre d’accidents sur le chemin du travail dans le cadre desquels le travailleur faisait usage de formes de mobilité douce a augmenté de 14 % ». Cette catégorie « mobilité douce » est toutefois un peu fourre-tout puisqu’on y retrouve tous les engins de déplacement ! Si on isole le simple vélo aucune dégradation des statistiques ne s’est en fait produite. En valeur absolue le nombre d’accidents de la catégorie « vélo musculaire » est même en baisse de 5,4 % Il passe de 8.333 en 2019 à 7.884 en 2024. L’augmentation des accidents « mode doux » sur le chemin du travail est en fait essentiellement due aux trottinettes électriques (1254 accidents en 2024 contre 208 en 2019), puis très légèrement aux speed pedelecs (371 en 2024 contre 113 en 2019) et aux vélos à assistance électrique classiques (496 en 2024 contre 273 en 2019).

Cette augmentation doit aussi être relativisée en fonction de la croissance des déplacements « modes doux » vers le travail. Même si statistiques fédérales 2024 du SPF Mobilité sur les déplacements domicile/travail ne sont pas encore disponibles pour permettre cette comparaison à jour pratique/accidents, le vélotaf a augmenté depuis 2019.
En ce qui concerne la gravité des accidents, ceux en speed pedelecs sont plus graves parce que leur vitesse moyenne est bien plus élevée (30-35 km/h) qu’un vélo électrique classique (20 km/h) ou un vélo musculaire (15 km/h). Toutefois ce vélo reste marginal à l’échelle du pays même s’il est assez populaire, dans sa version leasing d’entreprise, en Flandre.
Voici la répartition des différents types de blessures selon le « mode doux » utilisé :

Travailler sur les causes réelles des accidents à vélo
Comme Assuralia, nous partageons bien sûr le souci de sensibilisation et de formation des personnes qui se déplacent à vélo (au travail ou ailleurs). Maîtriser un speed pedelec demande un certain entrainement. Prendre ses marques sur la route aussi, même sur un vélo ordinaire. Avello et Pro Velo proposent d’ailleurs toutes deux des formations au grand public pour augmenter ses compétences. Ce sujet est aussi pris au sérieux dans beaucoup de (grandes) entreprises, avec l’aide d’AKT for Wallonia.
Toutefois une étude de l’AWSR, menée auprès de 900 cyclistes ayant eu un accident en Wallonie au cours des 12 derniers mois, relève ceci :
Parmi les accidents analysés, près de 6 sur 10 (59 %) impliquent un cycliste seul. Ils surviennent le plus souvent lorsque le cycliste heurte un obstacle (poteau, barrière ou objet) ou un animal (48%), qu’il chute suite à un problème de revêtement (perte d’adhérence ou mauvais état) (36%) ou qu’il perd le contrôle de son vélo sans influence extérieure (16%).
Les blessures sont relativement fréquentes, que ce soit lors d’un accident seul (74%) ou d’une collision avec une voiture (67 %), avec une gravité plus importante lorsqu’un véhicule motorisé est impliqué. Dans 3 cas sur 10 (30%), la collision survient lorsque l’usager motorisé dépasse le cycliste. Près d’un tiers des accidents avec un autre usager analysés auraient donc probablement pu être évités si la distance de sécurité avait été respectée.
Ces résultats montrent l’importance, pour les cyclistes, d’anticiper les risques, mais aussi la nécessité de poursuivre les efforts pour améliorer l’infrastructure et renforcer la sécurité des trajets cyclables. À noter que la grande majorité d’entre eux (87 %) portaient un casque au moment de l’accident.
L’infrastructure cyclable elle-même est aussi à la source de pas mal d’accidents à vélo : trous, bordures, obstacles (potelets, barrières…), revêtements glissants et/ou non entretenus, absence de pistes cyclables séparées là où elles sont indispensables, vitesses trop élevées en agglomération, rails de tram… De même que le comportement de certains usagers motorisés qui ignorent, par exemple, les distances de dépassement à respecter.
Les pouvoirs publics ont donc aussi leur part de responsabilité dans les accidents à vélo, ce n’est pas qu’une affaire de sensibilisation, de formation et d’équipements du cycliste. Ce qui n’est nullement évoqué par Assuralia, qui fait reposer cette prévention des accidents sur le chemin du travail quasiment uniquement sur les entreprises et leurs employé·es.
En savoir plus
- De plus en plus d’accidents sur le chemin du travail liés à la mobilité douce (Assuralia, 2025)
- Dépassements dangereux : une cause majeure d’accidents de vélo en wallonie (AWSR, 2025)
- 3 accidents sur 10 à vélo surviennent lorsque le cycliste est dépassé par un véhicule motorisé (RTBF, 2025)
- Le vélotaf en plein essor en Flandre et à Bruxelles ! (Avello, 2023)
- Statistiques fédérales sur les déplacements domicile/travail (SPF Mobilité)