Plan Wallon 2026-2030 de Sécurité Routière : lever le pied ? Oui !
Plan Wallon 2026-2030 de Sécurité Routière : lever le pied ? Oui !
17 novembre 2025 · Luc Goffinet
Les Etats Généraux wallons de la Sécurité Routière 2025, auxquels Avello a participé activement, viennent d’adopter et de publier leurs recommandations pour un nouveau Plan wallon de sécurité routière 2026-2030. La réduction des vitesses à 70km/h hors agglo et à 30 km/h en agglo, partout où cela est possible, en est la mesure phare. L’idée n’est toutefois pas, comme en Flandre et à Bruxelles, de mettre en place de nouveaux régimes de vitesses uniformément appliqués partout. Mais de faciliter grandement la création de zones à 30 et 70 là où les communes (et la région) trouvent que c’est approprié. D’autres recommandations utiles à la sécurité des usagers vulnérables portent sur la sécurisation des chantiers et des zones à risque, et la formation à l’angle mort chez les professionnels. Il appartient maintenant au Gouvernement wallon de s’en emparer pour élaborer son plan de sécurité. Et aussi aux communes de faire de même, dans le cadre de leurs futurs plans locaux de sécurité.
Les Etats Généraux wallons de la Sécurité Routière (EGSRW) regroupent tous les acteurs wallons de la sécurité : pouvoirs publics, associations d’usagers, agences de sécurité routière, police, assureurs. Le but premier des EGSRW est d’éclairer le gouvernement wallon sur ce qu’il faudrait faire pour améliorer les performances de la Wallonie en termes de sécurité routière. Et il y a du boulot, car la Wallonie est une piètre élève de la classe européenne, située quelque part entre la Pologne et le Portugal :

En couleur, les chiffres pour Bruxelles (BRU), la Flandre (VLA), la Belgique (BE), la moyenne européenne (EU27) et la Wallonie (WAL), bien derrière.
Les recommandations des EGSRW en termes d’infrastructure
Comme le rappelle l’AWSR, l’infrastructure joue un rôle important dans notre sécurité :
Les causes d’accidents de la route peuvent être regroupées en trois grandes catégories : celles liées au comportement humain, celles liées aux véhicules et celles liées à la qualité de l’infrastructure. Si les facteurs infrastructurels n’interviendraient « que » dans 30 % des accidents mortels, leur rôle demeure central : une route bien conçue et sécurisée limite les erreurs humaines, favorise le respect spontané des règles et réduit les conflits entre usagers.
Voici donc les 3 mesures et 7 actions proposées par les États Généraux 2025 concernant les infrastructures routières :
- Mesure 1 : Réduire les vitesses pratiquées
- Abaisser les limites de vitesse sur base de la hiérarchisation du réseau
- Développer la gestion dynamique des vitesses
- Mesure 2 : Sécuriser la mobilité des usagers de modes actifs
- Sécuriser les traversées piétonnes règlementaires
- Accorder une attention particulière à la sécurité des usagers actifs aux abords des chantiers
- Sécuriser les trajets vers les écoles et jusqu’à l’entrée de l’école
- Mesure 3 : Sécuriser les zones à risque
- Sécuriser les zones à risque objectif et subjectif important
- Favoriser les marquages audio-tactiles

© AWSR
Notre avis
Avello plaide depuis le longtemps pour la réduction des vitesses en Wallonie (90 → 70 → 50 → 30 km/h). Nous sommes donc ravis que les EGSRW 2025 reprennent comme première mesure celle-ci, et reconnaissent que c’est bel et bien la vitesse qui présente le maximum de potentiel pour une réduction des accidents corporels en Wallonie. Le graphique ci-contre montre d’ailleurs clairement que très peu d’accidents graves ont lieu en zone 30 en agglomération (s’il y avait encore un doute !).
L’objectif concret ici serait de passer un maximum de tronçons routiers à 70 ou 30, sur base d’une hiérarchisation du réseau. En termes clairs, on étudierait toutes les voiries wallonnes pour déterminer celles qui devraient rester à 90 ou 50, et toutes celles où une telle vitesse ne se justifierait plus.
Toutefois, contrairement à ce qui se dit dans les médias, cette mesure n’est pas une limitation générale à 30 ou 70 par défaut partout. Ce serait uniquement à des endroits déterminés sur base d’analyses de trafic et des vitesses pratiquées, voire souhaitables, à certains endroits.
Du côté de la région c’est le SPW qui étudierait et modifierait les vitesses sur son réseau. Du côté des communes, la décision finale serait dans les mains des communes qui resteraient libres d’appliquer (ou pas) la hiérarchisation sur leur territoire. Un sérieux bémol donc. Car sans réelle volonté publique de ralentir les véhicules on n’ira pas très loin…
À noter qu’en cas d’engouement cela pourrait représenter une forêt de panneaux sur nos routes. Soit une motivation qui a poussé jadis la Flandre à faire du 90 l’exception, et du 70 la norme (par défaut puisque le 90 subsiste à certains endroits). Mais les normes de vitesse plus basses en Wallonie sont impopulaires : leur taux d’acceptation serait de 35%, selon un récent sondage de l’AWSR. On aura donc la forêt signalétique.
D’autres mesures utiles complètent le tableau infrastructures, comme la sécurisation des chantiers en voirie, non seulement pour les piétons mais aussi pour les cyclistes (souvent oubliés !). Ensuite, il est proposé de recenser les zones accidentogènes à pied et à vélo, qui ne se voient pas dans les statistiques officielles, via un mécanisme de crowdsourcing (demander aux gens de les signaler en ligne, via un nouvel outil mis à leur disposition).
Les autres recommandations pour la Wallonie
Voici les mesures, plus classiques, mises en avant concernant la formation, la communication, la sensibilisation et la répression :
- Mesure 4 : Intensifier la sensibilisation des citoyens
- Intensifier les campagnes sur les grands facteurs de risques : distraction, vitesse excessive/inadaptée, conduite sous influence
- Intégrer la formation/sensibilisation à la sécurité routière à chaque étape de vie des citoyens (école, permis, justice, etc.)
- Mesure 5 : Intensifier la sensibilisation au sein des entreprises
- Intégrer la question des angles morts dans la formation des chauffeurs professionnels
- Sensibiliser au choix techniques des véhicules lourds (caméras, vision directe)
- Intégrer la sécurité routière dans la « car policy » des employé·es utilisant un véhicule (cadre professionnel ou privé)
- Mesure 6 : Améliorer la quantité, la qualité et l’impact des contrôles policiers
- Renforcer les contrôles et la visibilité policière, avec un focus sur les lieux, moments et facteurs de risque problématiques
- Améliorer la communication sur les contrôles routiers pour augmenter la perception du risque subjectif d’être contrôlé
- Mesure 7 : Outiller les communes pour une politique de sécurité routière adaptée aux réalités de leur territoire
- Soutenir les communes dans la conception et la mise en œuvre de leur politique de sécurité routière
Les recommandations pour les autres niveaux de pouvoir
La Wallonie dispose de certains leviers en termes de sécurité routière, mais pas de tous. Par exemple l’enseignement relève de la FWB, tandis que la justice, la police intégrée et le code de la route relèvent du fédéral. Les demandes suivantes sont donc adressées aux autres niveaux de pouvoir :
Recommandations à la Fédération Wallonie-Bruxelles et aux Germanophones
- Mesure C.1 : Intégrer de la sensibilisation / formation à la sécurité routière et au partage de la route dans le cursus scolaire
- Mesure C.2 : Rendre obligatoire la désignation d’un référent en mobilité et sécurité routière dans chaque école
Nous espérons qu’il ne s’agira pas ici de voeux pieux étant donné l’état catastrophique des finances de la FWB…
Recommandations à l’État fédéral
- Mesure F.1 : Mettre en place un « permis à points »
- Mesure F.2 : Abaisser le seuil légal d’alcoolémie à 0 g/l pour tous les conducteurs
- Mesure F.3 : Mobiliser les outils législatifs pour lutter contre la récidive via
- le recours à l’éthylotest anti-démarrage
- l’examen de réintégration ou les peines alternatives à la sanction
- Mesure F.4 : Mettre en place l’automatisation des contrôles GSM (via caméras ANPR)
- Mesure F.5 : Rendre possibles les alternatives à la perception immédiate
- Mesure F.6 : Faciliter la saisie du véhicule ou de l’objet lié à l’infraction
- Mesure F.7 : Imposer le tachygraphe pour tous les véhicules de plus de 2,5 tonnes transportant des biens pour compte de tiers
- Mesure F.8 : Autoriser l’usage par la police de matériel homologué dans un autre pays de l’Union européenne
Il y a déjà un accord du gouvernement fédéral reprenant, en partie, le permis à points et les contrôles GSM. L’effort à faire devrait donc être atteignable. On espère que sur les autres points les demandes de la Wallonie seront entendues également !
Conclusion
Avello participe aux EGSRW depuis 2009 pour y représenter les cyclistes et y porter leurs demandes. Avec succès, puisque certaines de nos demandes, comme la réduction des vitesses, la gestion des chantiers et des problèmes dûs à l’angle mort y sont prises en compte.
Pour cette édition 2025, les EGWSR ont accouché de mesures très intéressantes, même si la nécessité de trouver un consensus au niveau des acteurs impliqués entraine des affaiblissements de mesures jugées trop « radicales ». Comme c’est au gouvernement wallon qu’il appartient de faire le nouveau Plan wallon de sécurité routière 2026-2030, on espère vivement que les recommandations des Etats Généraux seront adoptées. Et, concernant celle sur la réduction des vitesses, qu’une activation des communes par la Région sera faite. Pour ne pas que seule une poignée d’entre elles aillent dans cette direction. Chaque wallon·ne qui se déplace à pied et à vélo a droit à sa sécurité, peu importe la couleur politique et le dynamisme de ses élus locaux.