Fatbikes : des nouveaux venus à encadrer !

Fatbikes : des nouveaux venus à encadrer !

Fatbike Fietsersbond

Le nombre croissant de fatbikes circulant en Belgique témoigne d’une diversification de la mobilité active tout en attirant de nouveaux publics vers le vélo. Toutefois, le nombre élevé de modèles débridés, ne respectant pas les critères légaux des vélos à assistance électrique, engendre des risques sécuritaires et juridiques significatifs. Face à ces enjeux, une stratégie coordonnée entre contrôles policiers, régulation des fabricants et sensibilisation des usagers devient impérative.

Qu’est-ce qu’un fatbike ? Quelles sont ses qualités ?

Les fatbikes sont à la base des vélos (électriques ou pas) avec des pneus très larges et, souvent, un siège pour accueillir un passager en plus. De par leur design, ils ressemblent beaucoup aux cyclomoteurs. Les fatbikes électriques ne sont toutefois pas assimilés à ces derniers tant qu’ils respectent les conditions suivantes :

  • l’assistance ne s’active que quand on pédale (ou en-dessous de 6 km/h)
  • cette assistance se coupe automatiquement au delà de 25 km/h
  • la puissance (moyenne) du vélo est de l’ordre de 250 watts

Un fatbike électrique qui respecte ces trois conditions est juridiquement considéré comme un vélo à assistance électrique (VAE). Et donc assimilé à un vélo musculaire. A ce titre, il ne peut légalement pas être discriminé par rapport aux autres vélos sur nos routes.

Ces fatbikes “vélos légaux” présentent des avantages :

  • Attractivité pour un public qui se tournerait plutôt vers des cyclomoteurs ou des trottinettes électriques
  • Prise en charge plus facile d’un passager adulte (que sur un vélo classique)
  • Permet de rouler sur différents types de revêtements (et en ville d’éviter de tomber sur des rails de tram)
  • Considérablement moins de pollution de l’air et sonore qu’une motocyclette ou une voiture
  • Une activité physique supérieure à la voiture ou aux transports en commun
  • Un coût plus démocratique que certains vélos électriques “haut de gamme”

Comme les vélos cargos, couchés, tricycles, longtails, ces fatbikes font donc partie de la grande famille du vélo. Hélas, de nombreux modèles de fatbikes circulant sur nos routes outrepassent les limites et sont en réalité des cyclomoteurs déguisés en vélos.

Les risques avérés

Prolifération de fatbikes illégaux

En France, selon l’Union des Entreprises du Sport et du Cycle “94 % des vélos électriques non conformes recensés sont des FatBikes, 96 % des FatBikes vendus en France sont non conformes”. On observe chez nous aussi que dans la pratique une large part des fatbikes en circulation ont soit :

  • une poignée permettant une propulsion autonome au-delà de 6 km/h
  • un moteur trop puissant (dépassant largement les 250 watts)
  • un dispositif leur permettant de rouler avec assistance à plus de 25 km/h

Ces fatbikes tombent dès lors de facto dans la catégorie des cyclomoteurs (A, B ou P). Et devraient donc être couverts par un certificat de conformité et une assurance véhicule de type “mobylette”. D’autre part, ils ne peuvent être utilisés sans permis de conduire AM, ni en dessous de 16 ans, ni sans casque… Sans cela, les utilisateurs sont en infraction et roulent sans couverture en cas d’accident, ce qui pose un risque juridique et financier non seulement pour eux-mêmes, mais pour les autres usagers aussi.

Vitesse + jeunes conducteurs = danger accru

Aux Pays-Bas, une enquête menée l’an dernier auprès de 892 jeunes adeptes du fatbike révèle “qu’environ un quart d’entre eux roulent plus vite que la vitesse maximale autorisée”. Ce qui n’est pas sans conséquences sur la sécurité routière. Les données néerlandaises montrent en effet une augmentation des accidents graves impliquant des fatbikes, surtout chez les jeunes. Les raisons principales en sont :

  • Vitesse excessive (atteignant ou dépassant celle des Speed Pedelecs)
  • Manque d’expérience des jeunes conducteurs
  • Conduite en milieu urbain dense

Contrairement aux vélos électriques classiques, souvent utilisés pour des trajets utilitaires, les fatbikes illégaux sont parfois détournés pour des usages ludiques et risqués. Pour lesquels ils ne sont pas conçus.

Des mesures aux effets qui dépassent le cadre du fatbike

Comme il n’est pas légalement possible de distinguer un fatbike d’un autre vélo à assistance électrique, les Pays-Bas envisagent des mesures de sécurité s’appliquant à l’ensemble des jeunes utilisant un vélo électrique. Incluant une obligation de casque avant 18 ans.

Cette nouvelle obligation pourrait réduire la popularité du fatbike (et du VAE par effet de bord) chez les jeunes néerlandais. Provoquant chez certains un retour au vélo classique ou un passage au scooter, voire à la voiture… Une telle loi pourrait aussi ouvrir la porte à d’autres projets de loi “casque obligatoire généralisé” nuisibles à la pratique du vélo.

Des pistes pour diminuer les risques associés aux fatbikes

1. Renforcer les contrôles de police

Les forces de l’ordre/les douaniers font face à ces obstacles:

  • Un manque de dispositifs pour tester la vitesse/puissance réelle des vélos électriques
  • Des procédures administratives lourdes
  • Des difficultés à tracer/vérifier les ventes en ligne

Avello et le Fietsersbond demandent donc en Belgique :

  • Des moyens de contrôle pour la police afin de retirer les fatbikes illégaux de la circulation
    • Comme aux Pays-Bas où 10.500 fatbikes ont été saisis en 2024
  • Une collaboration renforcée avec les parquets pour traiter ces infractions
  • Un renforcement des contrôles à l’importation (douanes)

2. Responsabiliser les fabricants

Un fatbike conçu légalement comme un vélo peut parfaitement être débridé par un kit en vente libre sur le Net (kit en lui-même tout à fait légal). Tout fabricant ayant accès au marché européen doit rendre le débridage de ses vélos impossible par tout dispositif. Cette discussion doit être menée au niveau des autorités européennes.

3. Impliquer les commerçants

Les vendeurs de vélos électriques doivent informer clairement leurs clients sur :

  • La différence entre un vélo électrique et un cyclomoteur
  • Les obligations légales (assurance, âge minimum, équipement) des deux
  • Les risques en cas de non-respect des règles

4. Conscientiser les jeunes (et leurs parents)

Beaucoup de jeunes, de même que leurs parents, ignorent que le fatbike qu’ils achètent est en réalité un cyclomoteur illégal. Il faudrait les conscientiser davantage à :

  • (Se) poser des questions sur la conformité du vélo électrique avant tout achat
  • Se méfier des publicités trompeuses et des prix trop attractifs

Pour aider les gens, une liste de marques de fatbikes “fiables” pourrait être proposée au grand public par les autorités, l’industrie du cycle ou une association de consommateurs.

5. Intégration dans la politique cyclable générale

La montée en puissance des fatbikes s’inscrit dans une diversification des vélos électriques utilisés (vélos cargos, speed pedelecs, longtails, etc.). Pour une cohabitation sûre et harmonieuse, Avello et le Fietsersbond demandent en Belgique :

  • D’élargir et améliorer les infrastructures cyclables
  • De clarifier les règles pour chaque type de véhicule (voire les changer)
  • De former, informer et sensibiliser les usagers, surtout les jeunes, à leur usage

Conclusion

Les fatbikes légaux représentent une opportunité pour encourager la mobilité active et élargir la pratique du vélo à de nouveaux publics. Mais leurs versions “débridées” posent un risque majeur pour la sécurité et la cohabitation sur nos routes. Une action coordonnée entre police, pouvoirs publics, commerçants et fabricants est donc essentielle pour encadrer leur usage et prévenir les accidents.