Le grand recul berlinois

Le grand recul berlinois

19 janvier 2026 · Gaël De Meyere

Crédit : Canva

Rien de ce qu’on croit acquis n’est définitif. En Espagne, le projet « Madrid Central » promettait en 2018 une diminution des émissions polluantes pour les habitants du centre-ville. L’ambition de la « low emission zone » madrilène avait ensuite été rapidement revue à la baisse suite à un simple changement de majorité politique. C’est maintenant au tour de Berlin de faire preuve d’une vision passéiste de la mobilité.

La route « la plus absurde d’Allemagne »

Tout d’abord, il y a eu l’inauguration de l’extension d’une autoroute en plein cœur de la ville en août dernier. 2 x 3 voies sur cinq kilomètres, un chantier de plus de 700 millions € menaçant le quartier du Friedrichshain à l’est de la ville. De quoi faire rêver les nostalgiques des années ‘70.

Ce projet d’extension s’inscrit dans un cadre plus global puisque l’ultralibéral Ministre des Transports souhaite en fait accélérer pas moins de 144 projets de portions d’autoroutes dans le pays. La « Stadtring » de Berlin en faisait partie. La mobilisation citoyenne et l’opposition politique n’ont pas manqué de rappeler le caractère vivant et historique du quartier impacté, car Friedrichshain est un temple de la vie branchée berlinoise où se trouvent 21 institutions culturelles, des écoles et un cinéma. La vie nocturne berlinoise rapporte 170 millions €/an ; les clubs font travailler 9 000 personnes et rapportent indirectement 1,5 milliard € (Horeca, taxis…). Hélas, les arguments financiers n’ont pas trouvé écho auprès des décideurs politiques. Les pétitions et les actions de terrain, dont une manifestation de 20 000 personnes, non plus, d’ailleurs.

La suite était écrite d’avance : à peine inaugurée, la nouvelle portion de l’A100 connaît de gros embouteillages. « Intersections bloquées, conducteurs agressifs, riverains exaspérés : le tronçon récemment ouvert de l’autoroute A100 sème le chaos à Berlin depuis des semaines » titre le magazine Der Spiegel fin septembre. À titre de contre-exemple, la démolition en 2015 à Bruxelles du Viaduc Reyers emprunté par 33 000 automobilistes par jour n’avait pas entraîné de congestion supplémentaire. Selon une étude de la VUB, les temps de parcours étaient même meilleurs qu’avant. Preuve que la recette de la fluidité du trafic n’est peut-être pas celle que l’on croit.

Retour au 50 km/h

Comme si cela ne suffisait pas, la capitale allemande a également annoncé le retour au 50 km/h sur plus de la moitié des 41 tronçons jusque-là limités à 30 km/h. Les autres sont maintenus soit en raison de pollution trop élevée, soit pour des raisons de sécurité. Une fois encore, c’est la fluidité du trafic qui est brandie en argument massue par le Sénat de Berlin qui semble ignorer qu’une limitation à 30 km/h n’a quasiment aucun impact sur un temps de trajet intra-urbain. Car même dans une ville limitée à 50 km/h, la vitesse réelle ne dépasse pas les 20 km/h. Les conséquences de ce revirement sont prévisibles : augmentation des taux de pollution et insécurité routière. Au profit de quoi ?

Les exemples madrilènes et berlinois nous montrent que si les politiques avancent, elles peuvent aussi revenir en arrière. Le prix à payer est lourd, d’un point de vue financier bien sûr, mais aussi en termes de santé et de sécurité, sans même parler de la qualité de vie des habitants.

 

Sources : Le Soir, L’Automobile, Radio France, Der Spiegel


Cet article est tiré du Mag Avello de janvier 2026.
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