Un aménagement cyclable visible, mais encore perfectible

Un aménagement cyclable visible, mais encore perfectible

26 avril 2026 · Avello Grez-Doiceau

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Au carrefour de la Blokkenstraat et du Bredeweg, la traversée cyclable en rouge signale clairement la place des vélos dans l’espace public. Cet aménagement améliore la lisibilité et incite au ralentissement, même s’il repose encore davantage sur la vigilance des automobilistes que sur une protection physique réelle.

Sur une route, la Blokkenstraat ,reliant la nationale 253 à l’autoroute E40, fort fréquentée, au carrefour avec le  Bredeweg, à Bertem, en Flandre, un aménagement attire immédiatement l’attention : la traversée cyclable, traitée en revêtement rouge, signale clairement la présence des usagers à vélo. Ce type de dispositif va dans le bon sens. Il améliore la lisibilité du carrefour et rappelle aux automobilistes qu’ils entrent dans un espace où la vigilance doit être renforcée. L’ensemble donne le sentiment d’un carrefour conçu pour apaiser les mouvements de circulation. La signalisation verticale, les marquages au sol et la configuration de l’approche, avec une surélévation de la voirie cyclable indiquent que les conducteurs doivent ralentir et céder le passage. Pour les cyclistes, cette mise en scène de la voirie est importante : elle rend leur trajectoire plus visible et rend leur présence moins “surprenante” pour les automobilistes.

Un point positif : la lisibilité

Le premier atout de cet aménagement est sans conteste sa lisibilité. Le rouge du revêtement rend immédiatement le passage cyclable identifiable. Dans un environnement routier, ce contraste visuel joue un rôle essentiel : il attire l’œil, structure l’espace et aide chaque usager à comprendre plus vite ce qui est attendu de lui. La traversée paraît en outre relativement droite et bien lisible. Cette clarté géométrique favorise une meilleure compréhension mutuelle entre cyclistes et automobilistes. Lorsqu’un itinéraire cyclable est visible, continu et cohérent, les conflits potentiels deviennent plus faciles à anticiper.

Un dispositif qui invite à ralentir

Autre élément positif : le resserrement perceptif de la chaussée et les marquages d’approche donnent un message clair aux conducteurs. Ici, on n’entre pas dans un espace à franchir rapidement. L’aménagement suggère au contraire une réduction de vitesse, ce qui est fondamental à l’approche d’une traversée cyclable. Le plateau ou la rampe d’accès participe aussi à cette logique. Ce type de traitement crée un certain inconfort pour les véhicules qui arriveraient trop vite, et rappelle physiquement que le dispositif doit être abordée avec prudence. En matière de sécurité routière, cette contrainte est utile : plus la vitesse est basse au point de conflit, plus le risque diminue et plus les interactions deviennent gérables.

Une protection surtout visuelle

Mais il faut aussi le dire clairement : cet aménagement semble offrir avant tout une protection visuelle, et moins une véritable protection physique des cyclistes. La couleur, les marquages et la signalisation améliorent la perception de la traversée, mais ils ne suffisent pas à éliminer le risque de non-respect par un véhicule. C’est pourquoi un signal de danger signale ce carrefour pour les cyclistes prioritaires.  Autrement dit, le carrefour paraît mieux organisé qu’un croisement banal, mais il repose encore largement sur le bon comportement de l’automobiliste. Si celui-ci arrive trop vite, interprète mal la priorité ou porte surtout son attention sur les autres voitures, le cycliste reste exposé au moment même où il traverse.

Là où le risque demeure

C’est le cœur du problème de nombreux aménagements cyclables contemporains : ils sont visibles, parfois élégants, parfois pédagogiques, mais pas toujours pleinement protecteurs. Ici, le risque principal reste celui du conflit au croisement. La traversée rouge améliore donc la sécurité, oui, mais dans une certaine limite. Elle fonctionne bien lorsque les conducteurs respectent l’intention de l’aménagement. Elle protège beaucoup moins lorsqu’un comportement inadapté intervient. C’est pourquoi la qualité d’un carrefour ne se mesure pas seulement à sa lisibilité, mais aussi à sa capacité à contraindre réellement les véhicules à adopter une allure compatible avec la sécurité des plus vulnérables. Notons que lors de notre visite, l’approche des voitures s’est toujours faite avec prudence.

Ce que cet exemple montre

Le cas du carrefour  Blokkenstraat-Bredeweg illustre bien une évolution fréquente dans les politiques cyclables : on progresse sur la visibilité, sur la continuité des itinéraires, sur l’attention portée aux traversées, mais on reste parfois à mi-chemin entre la simple signalisation et la vraie infrastructure protectrice. Pour les cyclistes quotidiens, cette nuance est importante. Un aménagement peut paraître rassurant à première vue, tout en laissant subsister une part significative de risque. C’est particulièrement vrai aux carrefours, là où se concentrent les conflits entre usagers et où la sécurité dépend beaucoup de la géométrie, de la vitesse et de la clarté des priorités.

Aller plus loin?

Si l’objectif est de renforcer réellement la sécurité cycliste, plusieurs pistes existent : accentuer le caractère surélevé de la traversée, resserrer davantage les trajectoires automobiles, améliorer encore la séparation entre les flux ou rendre la priorité plus évidente dans la lecture même du carrefour. L’enjeu est simple : faire en sorte que la prudence ne soit pas seulement conseillée, mais réellement imposée par l’aménagement. À ce titre, le carrefour de la Blokkenstraat et du Bredeweg constitue un exemple intéressant. Il montre qu’un aménagement peut déjà apporter des progrès sensibles en matière de lisibilité et d’apaisement, tout en rappelant que la sécurité cycliste ne se gagne pleinement que lorsque l’infrastructure protège, y compris en cas d’erreur humaine.