Trottinettes partagées, bientôt interdites à Bruxelles

Trottinettes partagées, bientôt interdites à Bruxelles

18 juin 2026 · Florine Cuignet & Gaël De Meyere

trottinettes en free floating sur une zone de stationnement

Les trottinettes partagées, ça sera bientôt du passé à Bruxelles. La Région bruxelloise a en effet annoncé la fin du système pour janvier 2027. Un cadre plus strict avait pourtant été mis en place en 2024, mais cela n’aura pas suffi. Bruxelles suit ainsi la voie de Madrid, Prague ou Paris qui ont déjà franchi ce cap.

Après une phase « Western » engendrant une prolifération impressionnante de trottinettes électriques de toutes marques dans l’espace public, les pouvoirs publics avaient tenté d’apporter un cadre légal plus contraignant au phénomène du free-floating. Si le décret mis en vigueur en 2024 avait permis de mieux encadrer l’offre et l’usage de la trottinette électrique partagée à Bruxelles, une nouvelle mesure vise à supprimer complètement cette offre de transport dès le 1er janvier 2027.

2024 : un décret contraignant

Suite au décret de 2024, le nombre de trottinettes autorisées à Bruxelles était passé de plus de 20.000 à 8.000. Deux opérateurs seulement avaient été autorisés par le région (Dott et Bolt), sélectionnés sur des critères tenant compte notamment de la sécurité routière et de l’impact environnemental. Ce nombre réduit d’interlocuteurs devait faciliter le dialogue entre opérateurs, pouvoirs publics et associations d’usagers.

Pour lutter contre l’encombrement de la voirie et des arceaux vélo, le décret obligeait par ailleurs les deux opérateurs à concentrer leur flotte dans des drop zones. Les communes avaient la responsabilité de définir les emplacements de ces drop zones sur leur territoire et les utilisateurs d’engins partagés ne pouvaient quant à eux plus mettre fin à leur course si leur engin n’était pas géolocalisé dans l’une de ces zones dédiées. C’était donc la fin du free-floating tel qu’il avait été initialement vendu à ses consommateurs, jusqu’alors libres de déposer leur trottinette n’importe où.

Avello avait alors regretté que ses recommandations ne soient pas entendues et qu’il n’y ait pas de distinction systématique entre les zones dédiées aux engins partagés et les zones équipées d’arceaux vélo. En effet, les communes avaient la possibilité de désigner les zones d’arceaux comme des zones de dépôt pour trottinettes et autres vélos partagés, créant alors concurrence et tension entre usagers.

2027 : Clap de fin pour les trottinettes partagées

Si les mesures prises en 2024 ont indéniablement amélioré une situation chaotique à Bruxelles, elles n’auront visiblement pas suffi. Bruxelles changera de visage le 1er janvier 2027 et dira au revoir aux dernières 8.000 trottinettes partagées Dott et Bolt.

Premier argument annoncé par le gouvernement : celui de la sécurité routière. Davantage d’accidents sont imputées aux trottinettes avec, bien souvent, des blessures plus graves que celles provoquées par une chute à vélo. Mais d’autres arguments sont avancés par le Gouvernement, comme celui plus insolite que les trottinettes partagées seraient utilisées par les trafiquants de drogue.

Imaginer une ville sans trottinettes partagées en réjouira vraisemblablement plus d’un. Selon une enquête de Vias, les différentes catégories d’usagers (piétons, cyclistes et automobilistes) partageaient un ressentiment commun à l’égard des trottinettistes tandis que, de leur côté, ces derniers se montraient très indulgent vis-à-vis du comportement des autres usagers de la route.

Avantages des trottinettes partagées

Pour Avello, si l’idée de ne plus voir d’arceau vélo squatté par des trottinettes semble réjouissante de prime abord, la nuance s’impose. En effet, le système des trottinettes partagées n’a pas que des défauts. Contrairement aux trottinettes privées, elles peuvent être davantage règlementées par leurs opérateurs : leur vitesse peut être bridée à 20km/h lorsqu’elles circulent dans des zones de rencontre. Elles peuvent aussi se désactiver si deux personnes se trouvent sur une trottinette, obligeant ainsi ses utilisateurs à respecter la règle du Code de la route.

D’autre part, ce mode de déplacement économique, pratique et rapide offre une option de mobilité à une frange de la population moins aisée pas forcément encline à passer au vélo. Leur supprimer l’option des trottinettes partagées, c’est les isoler davantage ou les reporter vers les transports en commun et la voiture. À moins qu’en l’absence d’offre partagée, ces usagers n’investissent dans des trottinettes électriques personnelles, facilement débridables et moins faciles à contrôler.

Si le Gouvernement souhaite changer les habitudes des trottinettistes pour les convertir en usagers du vélo, cela devra passer par davantage de sensibilisation, de formation au vélo, mais aussi par des infrastructures plus sûres pour toutes et tous.